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L’art des panuelos, mouchoirs brodés par les prisonniers latinos

Difficile d’associer la broderie à l’image dure de prisonniers sud-américains, et pourtant! L’art du pañuelos (ou paños), bien que méconnu, remonterait aux guerres franco-mexicaines du 19e siècle. Mais c’est dans les années 30 que l’on situe ses origines sous sa forme actuelle.

Pour les prisonniers latinos du sud-ouest des Etats-Unis, souvent illettrés et condamnés à de longues peines, ces messages aux allures d’enluminures adressés à leurs proches représentent l’unique moyen de communication avec l’extérieur. Les détenus se servent de ce support, qui fait partie de leur paquetage, car ils peuvent s’en séparer ou le faire passer facilement en dehors de la prison. Parfois dessinés à l’encre de stylo bille, sinon brodés, les paños mêlent une imagerie faite de symboles mexicains et pré-colombiens, icônes de la révolution et des gangs latinos (pin-ups, grosses cylindrées…). Aux enfants on dessinera des personnages de cartoon, aux mères des figures traditionnelles chrétiennes comme Jésus, la Vierge de la Guadalupe…

panuelos mouchoir dessiné à la main par des prisonniers mexicains

exposition de panuelos

panuelos dessiné à la main au stylo bille

En France et en Europe cet art a eu les honneurs de la Biennale de Venise 2013 et a été présenté en 2014 au Musée du Quai Branly. Avec la reconnaissance de cet art carcéral, les collectionneurs se précipitent de plus en plus pour acheter ces mouchoirs, souvent mis en vente en ligne sur Ebay par les familles des prisonniers, conscientes des bénéfices qu’elles peuvent en tirer. Cela permet ainsi au prisonnier de s’acheter nourriture et cigarettes, et de pouvoir subvenir aux besoins de sa famille.

Dans un texte du catalogue De l’intérieur, Paños , Chicano Arte ! , Stéphane Pencréac’h écrivait : «  Les Paños sont construits par prolifération, proche du tatouage, mélange de culture populaire, de références religieuses, commerciales, pop, gothique, le tout passé dans le mixer mexicain. On pourrait citer Diego Rivera, Warhol ou Wim Delvoye, mais cela n’a pas grande importance. Ce qui compte, c’est leur force graphique et leur simplicité technique : stylos, feutres sur mouchoirs ou serviettes de table. On n’est pas ici dans la broderie de bon goût, mais juste dans la violence d’un sentiment exprimé plastiquement avec des moyens primitifs. Une bouteille à la mer qui ne cherche pas à délivrer un Robinson mais qui dit juste :  J’existe, et là, je suis libre. L’art, c’est ça ».

 

En savoir plus :
Sur le site de la galerie chantiersBoîteNoire.
Sur la page Facebook de la galerie chantiersBoîteNoire.
Entretien avec Reno Leplat-Torti à propos de l’exposition Quedarse Ciego à Going Blind, en 2012 sur site Le Petit Bulletin à Grenoble.
À propos de l’exposition Paňos, art carcéral chicano, Collection de Reno Leplat-Torti, en regard des productions des détenus du Centre pénitentiaire de Béziers sur le site du MRAC à Sérignan. Dossier de presse à télécharger ici.

À lire :
Le catalogue du volet  De l’interieur, Paños , Chicano Arte !  de l’exposition Les Territoires de l’Art Modeste au MIAM (Editions Invenit).
Paños aux éditions Le dernier cri

 

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