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Les points de broderie oubliés: la broderie de Lefkara

Je vous fais découvrir aujourd’hui un type de broderie traditionnelle: la broderie Lefkara. Elle tire son nom du village du même nom, sur l’île de Chypre. La broderie de Lefkara, ou lefkaritiko est traditionnellement pratiquée par les femmes de la région autour depuis plusieurs siècles, sans doute depuis le 14e siècle, voire avant. C’est avec l’occupation vénitienne, à partir de 1489, qu’elle trouve un nouvel essor: plébiscitée par les coquettes de Venise et diffusée aux quatre coins de la Méditerranée, on la trouvera un peu partout dans les nobles trousseaux. La légende raconte que Léonard de Vinci, en visite à Chypre, aurait acheté une nappe qu’il aurait ensuite offert à la cathédrale de Milan… Au 19e siècle, les Anglais qui occupent l’île vont également contribuer à la faire connaître un peu partout.

La broderie de Lefkara a ainsi été pendant des siècles un moteur économique de la région, employant la plupart des femmes. Les hommes, ceux qui n’avaient pas de travail ou d’éducation, partaient souvent plusieurs années sur les routes d’Europe pour vendre tissus et dentelle, d’abord dans les zones hellénophones (Grèce, Turquie, Alexandrie), puis dans toute l’Europe jusqu’en Scandinavie.

Une broderie à la finesse de dentelle

La broderie de Lefkara se classe dans la catégorie des broderies blanches (« whitework » ou type hardanger), c’est-à-dire qu’elle ne se brode qu’avec des fils blancs ou écrus sur des toiles de lin ou de coton. C’est une broderie à jours, où on coupe donc la toile à certains endroits pour créer des motifs. Cette broderie est d’ailleurs travaillée si finement de ce côté qu’on la nomme également « dentelle de Lefkara« , mais c’est bel et bien de la broderie, travaillée à l’aiguille.

Les motifs se composent de dessins géométriques inspirés de l’antiquité grecque et byzantine. La dentelle de Lefkara est réalisée à la main et se compose de quatre éléments de base : le point d’ourlet, le coupé, le remplissage au point de satin, le liseré au point d’aiguille. Les motifs portent différents noms, et certains continuent d’être inventés au fil des ans: «athasi» (“almond”), «margarita», «makoukoudi» (refers to a small weaving row), «mi me lismonei» (“forget me not”), «tagiada» (motif basique de tissage), «potamos» (“rivière”), «arvalotos» (latticed / riddled pattern), «klonotos» (“branched”), «ammatotosς» (motif à petits yeux), «arachnotos» (“toile d’araignée”), «aplos» (“simple”), «diplos» (“double”), «karouli» (“bobbin”), «miloudi» (“petite pomme”).

Par la finesse de son exécution, son histoire, son poids dans l’économie chypriote ancienne, la broderie de Lefkara est considérée par fierté par les Chypriotes. Elle fait même l’objet d’un musée dans la ville ancienne, à réserver aux passionnés d’artisanat traditionnel. Depuis 2009, elle est même inscrite sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’Unesco.

Pour en savoir plus (articles en anglais)

http://www.katolefkara.org/english/lefk_lace.shtml
http://volsul.over-blog.com/article-la-broderie-de-lefkara-114106451.html
https://www.youtube.com/watch?v=vz84N-54FvA
http://www.needlenthread.com/2010/06/lefkara-lace-up-close.html

http://www.aboutcyprus.org.cy/en/lefkara-lace
http://www.northcyprus.co.uk/lefkara-lace/
https://en.wikipedia.org/wiki/Lefkara_lace

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